30 ans plus tard, la quête d’inclusion se poursuit

En octobre 2022, nous soulignions le 30e anniversaire de la poursuite phare intentée par Michelle Douglas pour abolir la politique d’exclusion des forces armées à l’endroit des personnes LGBT. L’occasion était tout indiquée pour célébrer les progrès accomplis, faire le point et accentuer la pression pour que les personnes 2ELGBTQI+ soient réellement incluses dans les milieux de travail fédéraux. Ce faisant, nous caressions un double objectif : mieux faire connaître la Purge LGBT et attirer l’attention sur notre rapport publié en mai dernier, Au lendemain de la Purge.

Le mois s’est amorcé par une tournée pancanadienne avec arrêts à Edmonton, Vancouver, Victoria, Fredericton et Montréal, où Michelle s’est entretenue avec des personnes survivantes et a parlé de la Purge devant public; des panels de discussion et la diffusion du documentaire primé The Fruit Machine étaient aussi organisés par le fait même. Nous constatons que curieusement, la Purge demeure un chapitre méconnu de l’histoire du Canada, si sombre soit-il. Nous devons continuer à passer le mot.

 

La tournée s’est conclue sur une conférence de presse et une semaine de rencontres avec des personnalités politiques sur la colline parlementaire, à Ottawa. Aux côtés de nos collègues de l’organisme Egale Canada et de la Fondation Émergence, nous avons insisté sur la nécessité d’opérer un changement systémique au gouvernement fédéral, notamment en mettant en place les 23 recommandations du rapport Au lendemain de la Purge. Celui-ci a été publié au terme d’une vaste enquête recensant l’état des lieux en matière d’inclusion dans la fonction publique , la Gendarmerie royale du Canada et les Forces armées canadiennes. Peu s’étonneront d’apprendre qu’il reste encore beaucoup à faire.

Comme c’est souvent le cas lorsqu’il est question de faire avancer les droits de la personne, le rapport a été produit par des gens qui ont eux-mêmes vécu la discrimination dénoncée. Le document a été cité dans le Plan d’action fédéral 2ELGBTQI+ dévoilé en août 2022, mais nous continuons à exiger des engagements concrets : nous voulons savoir quand et comment ces recommandations seront adoptées. Nos efforts se poursuivront jusqu’à ce que le gouvernement y affecte les ressources de mise et améliore ses formations, sans se déresponsabiliser de son historique d’exclusion.

 

Le 29 octobre, plus d’une vingtaine de personnes ayant survécu à la Purge ont participé à un gala organisé par le LGBTQ Internal Support Network du Service de police de Toronto. Plus de 200 personnes étaient présentes pour leur rendre hommage et pour saluer le travail de Michelle Douglas à l’occasion du 30e anniversaire de son action contre les Forces armées canadiennes. Le conférencier d’honneur Svend Robinson y est revenu sur la Purge LGBT, et une vidéo de remerciement de Michaëlle Jean, Brian Mulroney, Jody Wilson-Raybould et autres personnalités a été diffusée.

Comme toujours, nous avons mené nos activités du dernier mois dans l’intention de faire de la fonction publique fédérale un milieu plus juste où quiconque souhaite servir en a la possibilité, contrairement aux personnes qui s’en sont vues privées pendant la Purge. Nous devons continuer à faire valoir et à protéger nos droits, de sorte que les prochaines générations 2ELGBTQI+ au Canada puissent servir leur pays dans la dignité, sous le signe de l’égalité et de l’inclusion.

Faites connaissance avec le Comité d’éducation et d’interprétation

Le Monument national 2ELGBTQI+ se fera un site où l’on pourra en apprendre plus sur la Purge LGBT, la discrimination à plus grande échelle contre les personnes 2ELGBTQI+ au Canada et les racines coloniales à leur origine. Nous avons réuni un groupe de spécialistes pour nous guider et nous aider à cerner les principaux messages à transmettre sur place et en ligne, sur un site Web développé parallèlement au Monument.

Le Comité d’éducation et d’interprétation (CEI) se compose actuellement de neuf membres ayant accepté d’y apporter leur riche bagage collectif, notamment dans les domaines du militantisme communautaire, de la conservation, de l’histoire, de la mise en récit, de l’archivistique et de l’enseignement.

  • Neyonawak Inniniwak de la Nation crie d’Opaskwayak, Alex Wilson est professeure au Département des fondements pédagogiques et directrice des études au Centre de recherche sur l’éducation autochtone à l’Université de la Saskatchewan. Ses travaux ont largement contribué au savoir et à la mobilisation des connaissances sur l’identité, l’histoire et les enseignements liés à la bispiritualité, les méthodologies de recherche autochtones et la prévention de la violence que peuvent vivre les membres des communautés autochtones.
  • Armando Perla est conservateur, chercheur et expert-conseil international en muséologie; il est aussi un défenseur des droits de la personne. Juriste de formation spécialisé en recherche sur les droits de la personne, il a été conservateur au Musée canadien pour les droits de la personne et réalisé des projets pour de multiples organismes, y compris pour le Musée suédois de la migration et pour la ville de Medellín, en Colombie. Récemment nommé conservateur en chef des Toronto History Museums à la ville de Toronto, il occupe également les fonctions de vice-président du conseil d’administration de l’Association des musées canadiens.
  • Lee Airton est membre adjoint du corps professoral du Département des études sur le genre et la sexualité à l’Université Queen’s (Kingston, Ontario). Partageant son temps entre la recherche, la rédaction de billets de blogue, la défense des intérêts et les conférences, Lee Airton aide les individus et les organisations à s’ouvrir à la diversité de genre et de sexe au quotidien.
  • Professeure à la retraite au Département de sexologie de l’UQAM, Line Chamberland s’investit dans sa communauté depuis plus d’une trentaine d’années. Sociologue et chercheuse aguerrie, elle a multiplié les activités tout au long de sa carrière pour faire évoluer la pédagogie et la recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité de genres.
  • Raegan Swanson est directrice générale d’Arquives depuis 2016. Elle a été archiviste à Bibliothèque et Archives Canada, à la Commission de vérité et réconciliation du Canada et à l’Institut culturel cri Aanischaaukamikw; elle a aussi été experte-conseil en archivistique au Conseil des archives du Nouveau-Brunswick.
  • Écrivain, conservateur et militant culturel résidant en Nouvelle-Écosse, Robin Metcalfe s’implique activement dans les communautés 2SLGBTQIA+ d’ici et d’ailleurs à titre d’organisateur, de journaliste, d’archiviste et d’historien communautaire. Il travaille aujourd’hui à un projet intitulé Passage Memory Project, qui s’appuie sur les ouvrages, les objets d’art ainsi que les documents historiques et éphémères queers qu’il a recueillis pendant plus d’une quarantaine d’années.
  • Scott de Groot est conservateur au Musée canadien pour les droits de la personne, où il est responsable d’une exposition d’envergure sur la Purge LGBTQ2+ au Canada. Primé pour ses talents de pédagogue, il a enseigné l’histoire de la sexualité et les méthodes de recherche en histoire à l’Université du Manitoba, en plus de piloter le développement de nouveaux programmes pour son service d’éducation continue. Titulaire d’un doctorat en histoire de l’Université Queen’s, il a été le tout premier récipiendaire de la bourse de recherche postdoctorale Riley en histoire du Canada à l’Université de Winnipeg.
  • Écrivain, activiste et pédagogue d’expérience, Tim McCaskell a été membre du collectif The Body Politic, la première revue nationale réclamant la libération des personnes lesbiennes et gaies au Canada (1974-1986). En tant que président du comité d’action publique du Right to Privacy Committee, il s’est opposé aux descentes de police dans les bains fréquentés par des homosexuels à Toronto au début des années 1980. Il est aussi l’un des membres fondateurs d’AIDS ACTION NOW! et a été porte-parole du regroupement Queers Against Israeli Apartheid.
  • D’origine afro-canadienne, le professeur Wesley Crichlow est un spécialiste de la théorie critique de la race, de l’intersectionnalité, de la décolonisation et de la diversité sexuelle. Ses projets de recherche, ses cours et ses actions se situent au confluent des théories sur le racisme anti-Noir.e.s, l’intersectionnalité, la décolonialité et les théories queers. Ses travaux cherchent à cerner des mesures pour lutter contre le racisme anti-Noir.e.s, la cishétéronormativité, la transmisogynie ainsi que les inégalités structurelles et systémiques. Le professeur Crichlow enseigne à l’Ontario Tech University depuis 2003 dans les domaines de la justice pénale et de la justice pour les adolescents. Domaines de spécialité : Droits de la personne, genre, sexualité et masculinités de la diaspora caribéenne | Allosexualité noire | Études critiques sur l’équité, les droits de la personne et la diversité | Théorie critique de la race et intersectionnalité | Déconstruction du racisme anti-Noir.e.s et décolonisation | Mentorat scolaire pour jeunes provenant des communautés noires | Masculinités des crimes liés à la race et injustice pénale. Projet de recherche en cours : Carceral Intersections of Gender Identity, Sexual Orientation and Trans Experience in Confronting Anti-Black Racism and Structural Violence in the Prisoner Re-entry Industrial Complex – initiative sur la race, le genre et la diversité financée par le Conseil de recherches en sciences humaines (2022-2025 – 400 075 $)

Le comité s’est réuni en juin, en juillet et en septembre, et l’apport de ses membres s’est déjà révélé inestimable. Nous continuerons de peaufiner notre approche et ferons sans doute de nouveau appel à ces spécialistes (et à bien d’autres encore) pour nous appuyer dans la conception du contenu, sa rédaction et sa disposition, ainsi que dans la recherche et la collecte d’histoires, afin de donner vie à cette dimension incontournable du monument.